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Phobie scolaire. Force est de constater que le terme est aujourd’hui à la mode. Si les chiffres varient d’une étude à l’autre, les spécialistes s’accordent à dire que la phobie scolaire concernerait en France entre 2 à 5% des enfants scolarisés. Chiffre plus fiable, la phobie scolaire constitue 5 à 8% des motifs de consultations en pédopsychiatrie.

Alors posons nous la question. L’école fait-elle plus peur qu’avant ? Jusqu’à rendre nos enfants malades ? Ce qui est sûr c’est que les attentes sociales vis-à-vis de l’école ont changé. Depuis Jules Ferry nous sommes passés d’une situation où une majorité d’élèves devaient quitter l’école pour aller travailler à une autre où les parents de 2019 doutent du fait que leurs enfants puissent un jour égaler leurs niveaux de revenus.

Qu’est-ce que la phobie scolaire ? A quoi être attentif en tant que parents et comment y remédier ?

Qu’est ce que la phobie scolaire ?

La phobie scolaire gagne à être comprise à travers l’image de la pièce de monnaie. Côté pile elle décrit une peur intense et irrationnelle de l’école. Côté face se dessine les stratégies d’évitement qui amènent l’enfant à tout faire pour éviter de se rendre à l’école. Ce qui se passe alors c’est que plus l’on force l’enfant à y aller et plus il se braque. Alors même qu’ils sont très majoritairement désireux d’apprendre et qu’avant « ils aimaient l’école », les enfants atteints de phobie scolaire vivent dans leur corp une angoisse envahissante rien qu’en pensant à l’environnement scolaire. « Je suis peut-être absent de la classe mais la classe, elle, est tout le temps présente en moi » me confiait récemment un jeune patient.

Les symptômes de la phobie scolaire

Les principaux symptômes d’une phobie scolaire sont facilement identifiables :

  • La survenue de la « phobie » apparaît la plupart du temps de façon brutale (soit au retour des vacances soit dès le début de l’année scolaire). Elle n’est pas strictement causée par un événement de vie particulier ou traumatisant. C’est probablement ce qui est le plus troublant pour l’entourage comme pour l’élève lui-même : l’enfant refuse l’école sans raison apparente ou valable. Lorsque ses parents « craquent » et qu’il ne va pas en classe ça va tout de suite mieux. Souvent il promet qu’il y retournera le lendemain mais la scène semble se rejouer indéfiniment. En témoigne les paroles de ce collégien : « Mais je sais pas pourquoi j’arrive plus à aller en cours. Tout le monde me demande quand et pourquoi ça a commencé mais j’en sais rien. Ça allait même plutôt bien avant que le tsunami débute ».

  • Difficultés à quitter le domicile pour partir à l’école.

  • Réaction émotionnelle vive marquée par l’anxiété et la panique qui montent de plus en plus au fur et à mesure que l’on se rapproche de l’école. Manifestations somatiques violentes (tremblements, maux de ventre, de tête). L’enfant pleure, crie et supplie. On parle ici de symptômes « bruyants ». En tant que parents il est donc aisé de les reconnaître.

  • Absence de comportements antisociaux (l’enfant poursuit ses activités extérieures et ne semble pas angoissé pendant les vacances scolaires).

  • Absentéisme scolaire complet.
    Nous sommes donc en présence ici d’un phénomène sérieux aux lourdes conséquences pour tout le monde. J’insiste : il ne s’agit nullement dans la phobie scolaire d’un « j’aime pas l’école ». De tels enfants aiment l’école mais n’arrivent pas à s’y rendre ce qui est très différent.

Qui est touché par la phobie scolaire ?

Quand elle frappe, la phobie scolaire peut apparaître à tout âge. Néanmoins deux catégories d’âge sont plus propices à son apparition : l’entrée au CP, vers 5-6 ans, et l’entrée dans adolescence- en 6ème vers 11 ans et en 4ème vers l’âge de 13-14 ans. Attention : un enfant de maternelle qui pleure pour aller à l’école ce n’est pas de la phobie scolaire. Si angoisse il y a bien, il s’agit plus de l’angoisse de séparation que d’une angoisse de l’école. De même, pour les lycéens et les étudiants en études supérieurs, si la phobie scolaire peut se déclarer, l’expérience prouve qu’elle est bien plus rare.

De plus, les études montrent que les filles sont autant touchées que les garçons, même s’il semble que les garçons soient un peu plus précoces dans la déclaration des symptômes. Curieusement les jeunes gens de plus de 16 ans, de genre féminin, ou étant le dernier d’une fratrie sont des facteurs qui peuvent ralentir la guérison.
Enfin il semble que les élèves intelligents, « sérieux », dont l’investissement scolaire est positif, soient plus à risque.

Ce que la phobie scolaire n’est pas

La phobie scolaire désarçonne. Ecoutons cette mère : « Je suis complètement désarmé face à cela. J’ai tout essayé, la manière forte, la manière douce mais rien n’y fait ». Le fait est que même les mots tâtonnent pour décrire le phénomène : « Phobie scolaire », « anxiété scolaire », « refus scolaire anxieux ». Pourquoi autant de dénominations pour décrire un phénomène qui lui ne change pas ?
La raison principale à cela est que la phobie scolaire se situe à la croisée d’autres manifestations. Pour comprendre ce qui fait sa spécificité, il nous faut donc comprendre ce qui ressemble à une phobie scolaire mais ce qui n’est pas une phobie scolaire.

  • La phobie scolaire n’est pas un trouble de l’apprentissage. Le trouble des apprentissages est un dysfonctionnement psycho-cognitif qui se donne à voir lors d'apprentissages scolaires. La classification actuelle le place parmi les troubles mentaux.

  • La phobie scolaire n’est pas un refus de l’acquisition scolaire. Dans le refus de l’acquisition scolaire - communément appelé le « décrochage scolaire », l’enfant continue d’aller à l’école mais il est là sans être là. Il n’a plus le désir d’apprendre et les résultats chutent. Ce n’est pas l’anxiété qui est ici prédominante mais une symptomatologie dépressive.

  • La phobie scolaire n’est pas comparable à « l’école buissonnière ». Quand un enfant sèche les cours, il le cache à ses parents et traîne généralement avec d’autres enfants. Nous sommes ici en présence d’un comportement adolescent à risques - entre défiance de l’autorité et recherche d’affirmation de soi. Or, dans la phobie scolaire l’enfant ne cache pas sa situation à ses parents.

  • La phobie scolaire n’est pas une phobie. Alors ça c’est la meilleure me dirait vous ! Et pourtant c’est ce qui se passe souvent lorsqu’un phénomène « sort » de son milieu d’origine – le médico-social – pour se populariser dans les médias. Car au sens strict une phobie est la peur irrationnelle vis-à-vis d’un objet clairement identifié. Or concernant l’école c’est tout le travail de la thérapie que de mettre en lumière ce qui pose effectivement problème dans l’environnement scolaire global. Est-ce la peur des profs, des autres camarades, des mauvaises notes, de quitter ses parents ? Les réponses sont ici différentes selon l’histoire et le parcours de chaque enfant. C’est d’ailleurs pour cette raison que la classification internationale officielle est « refus scolaire » et non « phobie scolaire ». Sur ce point je rejoins l’analyse de Marie-France Le Heuzey, psychiatre à l’hôpital Robert Debré à Paris qui préfère le terme de « rupture scolaire » ou encore « d’enfant malade de l’école ». Cette spécialiste déclare : « La phobie scolaire, tout comme celle de l’ascenseur ou de l’avion, n’existe pas. C’est un abus de langage. Quant au refus scolaire, terme utilisé par les anglo-saxons, il ne semble pas plus adapté. Les jeunes que je vois en consultation ne refusent pas d’aller à l’école, ils n’arrivent pas à y aller, ce qui est différent.
    Se trouve donc explicité le titre de cette article : La « phobie scolaire » ou quand l’angoisse prend le visage de l’école. Ce n’est pas tellement l’école qui angoisse mais c’est l’angoisse qui vient se dire à travers l’école. Comprenez : l’école agit ici comme un aimant sur lequel viennent s’agréger tout un tas d’éléments éparses, sans lien direct entre eux, et qui finissent par former une grosse pelote de fil qu’il est bien difficile de démêler.

C’est donc le travail de la thérapie que d’aider à démêler tout cela afin de trouver de quoi cette angoisse de l’école est vraiment le visage.

Evolution de la phobie scolaire

Comme c’est le cas pour la plupart des manifestions psychologiques à l’adolescence, la phobie scolaire évolue via une répartition en tiers des différents cas :

  • Un tiers évolue vers un trouble psychique franc comme les troubles anxieux, la dépression ou un trouble de la personnalité.
  • Un tiers se rétablit très favorablement.
  • Un tiers se rétablit mais gardent des difficultés d’intégration sociale ou professionnelle. Les risques de marginalisation sociale et de délinquance sont augmentés.

De mon expérience de thérapeute, il s’agit pourtant de rester positif. D’une part, une prise en charge précoce améliore sensiblement l’évolution du trouble. D’autre part, un environnement familial attentif et aimant est capital. J’entends par là des parents qui ont confiance en leurs enfants (« je sais que tu ne le fais pas exprès, je te crois, on va t’aider ») et qui sont près à se remettre en question (« est ce que tu trouves que l’on te met trop la pression pour tes notes ? »)

Comment traiter une phobie scolaire

Dès les premiers signaux d’alerte il est recommandé de prendre rendez-vous avec un psychologue. Discuter avec les professeurs, participer le cas échéant aux différentes réunions éducatives font parti intégrant du travail de ce professionnel. Le traitement repose sur :

  • Une psychothérapie individuelle dont la durée s’avère variable mais qui se situe sur le moyen-long terme.
  • Eventuellement couplée avec une thérapie familiale ou alors un travail de guidance parental où les parents s’interrogent sur leurs stratégies éducatives.
    Dans les cas les plus difficiles, un changement significatif est capital dans le processus de guérison : cela peut être un changement de milieu scolaire, un déménagement, une hospitalisation ou une remise en cause profonde de l’équilibre familial. Une prise en charge institutionnelle pourra être envisagée après 6 mois d’échec du traitement en cabinet privé.

Phobie scolaire et expatriation

Le contexte de l’expatriation pour l’enfant ne constitue pas en soi un facteur favorisant l’apparition d’une phobie scolaire. Néanmoins de mon expérience, il est à noter que le rôle joué par l’école y est spécifique. Premier maillon de la communauté, les écoles françaises à l’étranger prennent dans la vie des élèves comme des parents une place surement plus importante comparée à une école de quartier en France. Ecoutons cet élève d’une école française scolarisé en 4ème dans un pays d’Afrique : « déjà on habite tous dans la même résidence, ma prof de math c’est ma voisine et ma CPE elle vient boire le thé chez moi avec ma mère. Au début ça fait bizarre. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de coupures entre la vie au collège et la vie à l’extérieur ». Soudainement, cet adolescent a développé une phobie scolaire. Un entretien entre le jeune et ses parents a permis de mettre en lumière une relation parents-enfant dysfonctionnelle. En voici un extrait :

  • le jeune s’adressant à ses parents : « Vous me dites même plus bonjour. La première chose que vous me demandez c’est quelle note j’ai eu à l’école. Et puis vous me parlez tout le temps de mon avenir. Mais moi je ne sais pas ce que je veux faire plus tard »
  • le psychologue : « j’ai l’impression que si tu as 7/20 c’est comme si tes parents t’aimaient à 7 et que si tu as 18 ils t’aiment à 18 ».
  • le jeune : « oui c’est ça, ils m’aiment plus lorsque j’ai des bonnes notes. Et puis vous savez, me père il travail pour deux, il est tout le temps en voyage. »
  • la mère : « c’est pas ça mais on a tout essayé. C’est notre rôle que tu réussisses bien à l’école pour ton futur ».
  • le psychologue : « avez-vous madame l’impression d’échouer dans votre rôle de parent lorsque votre enfant a une mauvaise note ? »
  • La mère : « bah oui, les temps sont durs c’est la crise. J’ai l’impression d’être une mauvaise mère ».

Il a fallu du temps pour mettre à plat la relation. Le travail thérapeutique s’est orienté avec l’adolescent sur son ambivalence vis-à-vis de ses parents : faire plaisir aux parents en réussissant à l’école VS s’opposer à eux insidieusement en n’allant plus en cours. Le jeune a pu exprimer son souhait de retour en France, dans son petit village. Il a également été établi que l’incertitude concernant un retour ou non en France était pour lui très anxiogène. Du côté parental, nous avons travaillé sur le sentiment de culpabilité. L’enfant a pu comprendre que l’importance accordée par ses parents à l’école renvoyait, maladroitement mais fondamentalement, à une preuve d’amour. Une fois bien séparées les angoisses personnelles des parents vis-à-vis de l’école, angoisses issues de leurs propres parcours scolaires, quelque chose de la pression scolaire a lâchée. Tout le monde s’est détendu. Le jeune a repris les cours et s’épanouit aujourd’hui dans une école hôtelière. Les parents de leurs côtés portent leurs efforts sur le soutient à leur enfant c’est-à-dire lui donner les armes pour être heureux dans la vie plutôt que de le « fliquer » sur les notes.

 

 

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Etienne Duménilpsychologue (français)

du réseau Eutelmed.

 

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