PHOTO Eutelmed KAYITESI JOZAN

 

 

      Annick Kayitesi-Jozan est psychologue clinicienne et auteure, membre du réseau Eutelmed. Elle est franco-rwandaise, basée en Géorgie et consulte par vidéo en Français et Kinyarwandais. Elle nous parle aujourd’hui de l’importance de la prévention lorsque l’on traite du suicide.  Si vous le souhaitez, vous pouvez poser vos questions à Annick ICI

 

 

 

L’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’à l’échelle mondiale, toutes les trois secondes, une personne tente de mettre fin à ses jours et que, malheureusement, toutes les quarante secondes une personne réussit à s’ôter la vie. Sur une année, cela représente un million de suicides.

Un million de morts, c’est bien plus que l’ensemble des personnes tuées par les conflits armés et les catastrophes naturelles.

Un million de suicides c’est un million de familles brisées et un peu plus de dix millions de personnes endeuillées. 

Face à ces chiffres, et parce que le suicide est une des causes de décès évitable, la journée mondiale de prévention du suicide du 10 septembre vise à attirer l’attention des communautés sur la sensibilité mais aussi l’ampleur de la question.

Cette année le thème de cette journée est « Travaillons ensemble pour prévenir le suicide », à commencer par en parler, partager les informations sur les actions de prévention, à la portée de chacun.

L’année 2020, en raison de la pandémie de Covid-19 qui provoque du stress dans toutes les populations, est une année émotionnellement éprouvante avec beaucoup de changements dans nos habitudes de vies, de l’isolement des malades mais aussi de l’incertitude quant à l’avenir.

Le thème de cette année « Travailler ensemble pour prévenir le suicide » est à mes yeux une invitation faite à chacun de donner forme à la prévention du suicide. Mon article ici est une contribution à cette demande. Je pense en écrivant cet article à deux de mes amis qui ont perdu des petits frères jeunes diplômés avec, pensaient leurs familles, un avenir devant eux.

« Que s’est-il passé ? » « Est-ce qu’il y a quelque chose qu’on aurait pu faire pour éviter ça ? » « Il s’est fait accompagner un moment et on a pensé qu’il allait mieux » « Notre famille est brisée ».

 

Nommer.

J’avais 8 ans presque 9 ans, lorsque mon père qui avait 40 ans et ma petite sœur de 5 ans sont décédés dans un incendie accidentel d’un hôtel de Bruxelles. Il a fallu une dizaine d’années, une bataille d’experts et un procès éprouvant pour que j’apprenne que cet incendie avait été causé par une femme, mère de famille, qui a mis fin à ses jours en avalant des médicaments et de l’alcool. Pour ne pas être découverte par ses enfants, elle avait loué une chambre d’hôtel. Mon père et ma petite sœur, de passage dans la ville, logeaient dans cet hôtel cette nuit-là. La dame s’est éteinte, mais la cigarette, sa dernière cigarette, est restée allumée et est tombée dans le lit.  

 

Dans ma langue maternelle, il n’existe pas de mot pour dire le suicide. Nous disons d’une personne qui s’est suicidée qu’elle s’est rendue « inconsciente ».  

Je n’ai jamais su pourquoi, cette mère de famille s’est rendue « inconsciente » toutefois j’ai appris que la langue française a un nom pour cela : le suicide. Mettre un mot sur ce qui est arrivé à mon père et ma sœur m’a permis de m’en saisir pour le penser et agir. Agir en parlant, mais aussi agir en accompagnant les personnes en souffrance.

 

Combattre le stigma et le tabou

Plusieurs années après l’incendie, il y a eu un procès pour désigner le coupable de la mort des clients de l’hôtel. J’étais plus âgée 22 ans, et j’étais en attente d’une explication qui n’est jamais vue pour comprendre la mort prématurée de mon père et de ma petite sœur. A la place de l’explication que j’attendais j’ai été témoin du poids de la stigmatisation qui entoure les troubles mentaux et plus particulièrement le suicide. Les experts se sont succédés, mais aucun n’a parlé d’elle. De sa souffrance. Aucun ne s’est interrogé sur le fait que ce drame, qui a coûté la vie de plusieurs personnes, aurait pu être évité.

Je n’étais pas encore psychologue à l’époque mais j’avais au fond de moi l’intuition que la stigmatisation et les tabous empêchent les personnes de s’informer, et par conséquent de recevoir à temps l’aide dont ils auraient besoin.

Parce que le suicide a causé les premiers deuils de ma vie, je saisis chaque année l’occasion de participer à ma façon à la prévention. J’observe, 32 ans après le drame qui a frappé ma famille, que bien que le suicide constitue un problème majeur de santé publique de nombreuses sociétés, cultures, familles continuent de le considérer comme un tabou et n’en parlent pas ouvertement.

Chaque année l’OMS rappelle que les suicides sont évitables et que plusieurs mesures peuvent être prises au niveau des populations, des sous-populations et au niveau individuel pour prévenir le suicide et les tentatives de suicide, parmi lesquels :

  • Assurer le dépistage précoce, le traitement et la prise en charge de personnes souffrant de troubles mentaux et de troubles liés à l’usage de substances psychoactives, de douleurs chroniques ou de détresse émotionnelle aiguë. Pour cela les personnes en souffrance ont parfois besoin d’un coup de pouce. Une question parfois suffit : « Est-ce que ça va ? » Une attention : « Je m’inquiète pour toi ». Une information : « J’ai trouvé ce numéro de téléphone. Tu devrais appeler ». Mais surtout une affirmation à répéter autant que possible : « la santé mentale est comme la santé physique, elle connaît son lot de maladies, un éventail de traitements, une part d’incompréhensions mais toujours des avancées dans la recherche.
  • Réduire l’accès aux moyens de se suicider (pesticides, armes à feu, certains médicaments, par exemple). Les comportements suicidaires sont influencés par notre milieu de vie. Les moyens de se suicider diffèrent si on est propriétaire d’une arme, cultivateur, ou qu’on une connaissance et un accès aux médicaments. Informer les proches permet de minimiser l’accès aux moyens.
  • Former un plus grand nombre à l’évaluation et à la prise en charge des comportements suicidaires qui évoluent par crise. Aider les personnes en souffrance à identifier des proches à qui ils peuvent faire appel quand la souffrance est difficile à supporter mais aussi des relais de professionnels pour aider à la fois la personne en souffrance mais aussi son entourage.
  • Assurer le suivi des personnes qui ont fait une tentative de suicide et leur apporter un soutien aussi bien au niveau social, professionnel quand dans la vie personnelle. Eviter l’isolement autant que faire se peut.

Parmi ces mesures non exhaustives, nous pouvons tous agir, parent, enfant, collègue, ami. Les professionnels de la santé, médecins de famille, psychologues ou psychiatres sommes formés pour travailler ensemble à la meilleure orientation et pour un accompagnement adapté à la situation de chacun.

A Eutelmed, quel que soit votre localisation géographique, votre culture, votre langue, votre métier, en présentiel ou à distance une équipe de professionnels est là pour vous écouter et vous accompagner.

Pour plus d’informations rendez-vous sur eutelmed.com

 
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