LES CONSEQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE LA DISCRIMINATION OU LA DOUBLE SENTENCE

 

Être victime de discrimination quelque en soit la forme est source de souffrance.

Des chercheurs de l’Université de Californie ont analysé l’impact du racisme auprès de 95 677 enfants[1] qui avaient été victimes de discrimination en raison de leur couleur ou de leur appartenance ethnique. « Un lien significatif a été découvert entre l’exposition au racisme et une détérioration de l’état de santé », ont conclu les auteurs, avec par exemple des risques d’anxiété et de dépression deux fois supérieurs chez ceux ayant souffert de racisme, comparés aux autres enfants.

Pour l’année 2021 c’est ce constat que vient souligner le thème consacré à la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale célébrée le 21 mars :    "les jeunes se lèvent contre le racisme "[2].

 

Le contexte de l’année 2021 : au printemps 2020 et ce à travers le monde, les jeunes se sont massivement exprimés contre l'injustice raciale et ont apporté leur soutien aux manifestations des Black Lives Matter de 2020. Les marches organisées à cette occasion ont attiré des millions de manifestants dans le monde entier tandis que d’autres empêchés par les restrictions sanitaires dues au COVID-19 se sont saisis des réseaux sociaux pour exprimer les discriminations, les expressions de haine et de violence dont ils sont victimes ou témoins.

Déclaration Universelle des droits de l’homme : la discrimination est, et va à l’encontre de la déclaration Universelle des droits de l’homme dont l’Article 1 précise que tous les individus naissent et sont égaux en dignité́ et peuvent prétendre aux mêmes droits fondamentaux.

À noter qu’il n’existe pas une seule et unique définition de la discrimination pas plus qu’il n’existe une seule cause. L’article 2 de la Convention Européenne des droits de l’homme (CDE) liste parmi les causes : la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l’opinion politiqueautre situation c’est-à-dire autres causes de discrimination, comme la classe sociale, la profession, l’orientation sexuelle ou encore la langue de prédilection.

 

Les discriminations impactent la santé mentale des personnes touchées.

Les discriminations sont un reflet, une expression de croyances psychologiques, culturelles et sociales, qui se manifestent par des pratiques parfois insignifiantes, mais non moins profondément ancrées dans les communautés et dans les institutions. Par leur permanence dans la vie quotidienne des individus, les discriminations peuvent avoir un impact sur la santé mentale des personnes qu’elles touchent. Les personnes peuvent souffrir de sentiment de rejet, de méfiance disproportionnée, de peur, de doute et détresse émotionnelle, de faible estime de soi, de dévalorisation, d’isolement, solitude et marginalisation, de doutes, d’insécurité, de méfiance. Les personnes soumises à des discriminations peuvent ressentir à leur tour de la haine et commettre des actes de violence contre soi et contre autrui. Elles peuvent également souffrir de maladie comme l’anxiété, la dépression, les addictions, ou de stress post traumatiques…  

Objectif de la campagne de l’Organisation des Nations Unies : encourager chacun de nous à participer à la construction d’une culture mondiale de tolérance, d'égalité et de lutte contre la discrimination. C’est un appel à se dresser contre les préjugés raciaux et les attitudes intolérantes.

Cette année 2021, la journée du 21 Mars a 42 ans. Le racisme est et a été à l’origine d’exterminations en masse, de génocides et d’oppressions et de déplacement forcé des populations. Le 21 Mars reste l’occasion de le rappeler et de souligner les conséquences dramatiques des politiques racistes qui aujourd’hui comme dans le passé, sont dévastatrices tant pour les personnes que pour la communauté humaine dans son ensemble.

La Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale est célébrée chaque année en souvenir du jour où en 1960, en Afrique du Sud, alors sous le régime de l’Apartheid, la police de Sharpeville, a ouvert le feu et tué 69 personnes lors d'une manifestation pacifique contre les "lois sur les laissez-passer". C’est cette journée qui a conduit près de 20 ans plus tard en 1979 plus précisément, l'Assemblée générale de l’ONU à entériner la décision de consacrer une semaine à la solidarité avec les peuples luttant contre le racisme et la discrimination raciale. Depuis lors, cette semaine débute tous le 21 mars et devrait être organisée chaque année dans tous les États.

Pour rappel en 2001 c’est à Durban en Afrique du Sud que la Conférence mondiale contre le racisme a produit le programme le plus actuel et le plus complet pour lutter contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance, qui y est associée. À sa suite en 2009, la Conférence d'examen de Durban a passé en revue les progrès accomplis au niveau mondial pour vaincre le racisme et a conclu qu'il restait beaucoup à faire.

En 2011, l'Assemblée générale des Nations unies a tenu une réunion pour commémorer le 10e anniversaire de l'adoption de la Déclaration et du Programme d'action de Durban. Les dirigeants mondiaux y ont proclamé leur "ferme détermination à faire de la lutte contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, ainsi que de la protection des victimes, une priorité absolue pour [leurs] pays".

Lutter contre les discriminations est une affaire de tous. A un niveau individuel, il est possible d’agir face aux différentes formes de racisme et de discrimination que nous voyons et laissons se répandre dans nos vies au quotidien dans les actes ou les propos autour de nous mais aussi en nous.

S’éduquer activement à l’autocritique et pratiquer la non-discrimination

Les discriminations sont souvent basées sur les préjugés, les stéréotypes et l’ignorance. La lutte contre les discriminations passe donc logiquement par l’éducation, l’inscription dans chaque enfant et chaque adulte d’un état d’esprit de tolérance, d’amour et d’appréciation des richesses apportées par la diversité, mais commence par l’éducation à l’autocritique quant à nos propres attitudes discriminatoires.

Comment ? Tout simplement en prenant le temps de se poser des questions à soi-même « Ai-je pu un jour blesser quelqu’un par mes propos, même si ce n’était pas mon intension ? Quels préjugés ai-je et à quels points influencent-ils mes actions ou mes paroles ? Est-ce que j’ai tendance à transmettre - directement ou indirectement - ces mêmes préjugés autour de moi, à mes enfants par exemple ». Ou encore lorsque vous êtes ou avez été témoin d’actes discriminatoires ou racistes, posez-vous la question de ce que vous avez ressenti à ce moment-là et imaginez ce que la personne qui les a subis a dû ressentir ?

En psychologie mais aussi en matière de santé publique au sens large, cela s’appelle la prévention. Il existe trois types de prévention : la prévention primaire qui vise à éviter l’apparition d’une maladie, la prévention secondaire dont le but est d’éviter qu’une maladie ne s’installe dans la durée ou ne réapparaisse), et la prévention tertiaire qui tend à éviter autant que faire se peut qu’une maladie chronique ne se transforme en un handicap. Des trois préventions, la prévention primaire est de loin la plus difficile à mettre en œuvre. En effet elle est totalement inséparable d’une connaissance profonde des probables causes de la maladie. Or, il n’est pas toujours aisé d’acquérir et d’accepter l’importance de cette connaissance de soi.  Une fois les difficultés identifiées (n’oublions pas que comme pour d’autres maladies les causes de la souffrance mentale sont multiples et ne seraient se résumer à une seule cause) il devient alors plus aisé pour la personne mais aussi pour les professionnels qui l’accompagne de mettre en place un plan d’action de soin adapté aux particularités et aux spécificités de chaque personne.

Se faire accompagner 

Pour vous accompagner et commencer la réflexion dans un cadre de bienveillance, dans la langue et culture de votre choix, l’ensemble des psychologues d’Eutelmed se tient à votre disposition.

 

Annick Kayitesi-Jozan                                           
Psychologue clinicienne elle rejoint Eutelmed en 2018. Annick a travaillé au cours des 15 dernières années, dans divers domaines psycho-sociaux au Rwanda, son pays natal, en France et en Ouzbékistan. Au Rwanda, elle a travaillé auprès des enfants souffrant d'autisme, du génocide post-traumatique, et des femmes violées et contaminées par le VIH. En France, elle a accompagné des victimes de la traite des êtres humains. En Ouzbékistan, elle a travaillé auprès de la communauté expatriée et de l’école Internationale de Tachkent. Annick est auteure de "Même Dieu ne veut pas s'en mêler", 2017, Éditions Seuil

[1] The Detrimental Influence of Racial Discrimination on Child Health in the United States 2011-2012

[2] https://www.un.org/fr/observances/end-racism-day